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L'assemblage d'une montre à complication peut assurément s'étendre sur un laps de temps tout aussi considérable, et il ne s'agit pas là du seul point commun entre ces deux disciplines unies depuis longtemps déjà par le thème de la transparence. Les arches et les arcs-boutants célébrés par les architectes confèrent fondamentalement la même sensation de luminosité et de légèreté aux composants fonctionnels des édifices que l’ajourage aux mouvements d'horlogerie. Selon Jochen Benzinger, un spécialiste des montres squelettes, cette technique artisanale, qui s'accompagne généralement d'ornementations gravées, serait très ancienne car ses racines remontent aux premières périodes de la mesure du temps. N'évoque-t-il pas même de cadrans solaires squelettés ? Toutefois, l'ère la plus récente de l’horlogerie – la renaissance de la montre mécanique qui a suivi la révolution du quartz – a donné une étendue inédite au terme de "transparence", en particulier grâce à l'emploi d'un verre saphir de synthèse innovant. Allié au squelettage, cette matière a ouvert au sens littéral des perspectives entièrement nouvelles.
L’une des structures architecturales les plus connues au monde, la tour Eiffel, est aussi l'une des plus transparentes. Edifié à l'origine pour servir d'arche à l'Exposition universelle de Paris en 1889, cet ensemble de poutrelles métalliques dessiné par l’ingénieur Gustave Eiffel fut salué comme le héraut d'une nouvelle forme d'architecture. Son édification exigea deux ans de travail à 300 ouvriers qui utilisèrent à cet effet deux millions et demi de rivets pour fixer les 18'038 pièces d'acier.
Afin de comprendre la portée de cette percée historique, il convient de se pencher en premier lieu sur les difficultés liées à la création d'éléments en verre saphir. La technique utilisée à cet usage est connue sous le nom de procédé Verneuil (ou fusion à la flamme). II fut inventé en 1902 par le chimiste français Auguste Verneuil. Au cours de ce processus, une boule ou une simple barre de verre – constituée de corindon synthétique incolore (les saphirs et les rubis sont les pierres précieuses de la famine des corindons) prend forme dans les dimensions requises en une quinzaine d'heures alors que la nature a besoin d'environ 100'000 ans pour parvenir au même résultat. Comme le diamant est le seul matériau plus dur que le corindon, une substance qui possède une dureté de 9 sur l'échelle de Mohs (face au diamant qui caracole en tête avec une dureté de 10), il est naturellement l'unique matière qui soit en mesure de couper le verre saphir. La découpe initiale en tranches (imaginez une baguette débitée pour être servie dans une corbeille à pain) s'étend sur cinq à huit heures. Les ébauches, comme sont appelées après leur découpe les tranches de corindon, sont meulées à leur forme finale avec une tolérance de deux centièmes de millimètres. Les pièces doivent ensuite subir une série d'opérations confiées à des ouvriers hautement qualifiés : l'égalisation de l'épaisseur, le façonnage des bordures, le biseautage, l'évidage sphérique ou cylindrique, le bombage, le polissage et le contrôle de qualité. A ce point, les éléments en saphir sont déjà passés à travers une vingtaine d’étapes de travail. Il importe aussi de nettoyer les ébauches entre chaque opération afin de garantir que la poudre de diamant, les particules résiduelles des disques de coupe au diamant et des résines de cémentation soient complètement retirées. Toute forme ou dimension inédite de verre saphir requiert de nouvelles machines et, dans la plupart des cas, ces appareils doivent être mis au point par le fabricant qui ne peut les acheter.
LA RENAISSANCE DE L'HORLOGERIE MECANIQUE QUI A SUIVI LA REVOLUTION DU QUARTZ A DONNE UNE NOUVELLE ETENDUE AU TERME DE « TRANSPARENCE ».
Un pont entre deux mondes
Si la tour Eiffel est considérée aujourd'hui comme un extraordinaire exemple de technique architecturale, les Parisiens crièrent au sacrilège lors de sa présentation. Tel n'a cependant pas été le cas avec la première montre élégante et transparente de l'ère moderne, la Golden Bridge de Corum : dévoilée en 1980, elle a été immédiatement considérée comme une œuvre d'art horlogère révolutionnaire. Hormis le mouvement bâton innovant conçu par le maître-horloger et co-fondateur de l'A.H.C.I. (Académie Horlogère des Créateurs Indépendants) Vincent Calabrese, le boîtier original était composé de deux verres saphir facettés à la main découpés dans une forme complexe à la fois bombée et évidée) l’un disposé sur la face et l’autre sur le fond) qui ressemblait à la moitié d’un hexagone découpé de manière transversale. L’ensemble du boîtier était maintenu par quatre vis en or alors que les platines inférieure et supérieure étaient en or jaune. La maison Comadur, qui a livré le verre, explique que la plus grande difficulté résidait dans le polissage interne et externe de cet objet aux contours raffinés, qui ne devait laisser aucune trace. Le perçage de précision du verre représentait aussi un point épineux. A cette fin, le fabricant n'a eu d'autre choix que de modifier ses technologies de production pour parvenir à un degré d'exactitude compatible avec l’assemblage d'une réalisation de haute horlogerie. Valérie Debély, PR Manager de Corum, explique : « S'il nous était demandé de réaliser cette pièce à l'identique, la fabrication des verres serait plus aisée car les technologies de polissage ont connu d'importants perfectionnements. Néanmoins, ce type de produit demeurerait complexe ».
D'une parfaite élégance dans sa transparence, la Golden Bridge a connu une renaissance il y a quelques années. Elle tient aujourd'hui un rôle central pour Corum car elle incarne l'un des quatre principaux piliers de son offre. Cette année, la marque a présenté à Baselworld un tourbillon Golden Bridge, édité en une série limitée de 33 exemplaires à l’occasion du trentième anniversaire de ce garde-temps de légende. Le mouvement, calibre CO 213, compte 182 composants disposés autour du pont en forme de baguette et mesure dans son ensemble 33 mm sur 3 mm. En associant l'horlogerie traditionnelle à des matériaux d'avant-garde, ce calibre a écrit un nouveau chapitre dans l'histoire de Corum au titre de premier mouvement baguette doté d'un échappement à tourbillon - fabriqué en silicium et inséré dans une cage aux dimensions microscopiques dont le diamètre ne dépasse pas 8,5 mm. Le constructeur affirme qu'il s'agit de la plus petite cage de tourbillon au monde actuellement en production. Ce calibre bat à une fréquence de 19'200 a/h alors que sa platine et ses ponts sont confectionnés en or 18 carats gravé à la main. Chaque détail est parfaitement visible à travers le boîtier en verre saphir, y compris le pont supérieur en titane de la cage de tourbillon qui adopte la forme d'une clé, l'emblème de la marque.
La beauté de l'absence
En 1914, l'ingénieur belge Emile Fourcault inventa un procédé qui permettait de produire industriellement de grands panneaux de verre appelés verre plat dans le jargon technique de l'architecture.
Les premiers architectes modernistes se sont avisés du potentiel de ce verre qui donna naissance à un nouveau langage architectural fondé sur la transparence. En horlogerie, l'apparition de méthodes de production qui ont contribué à une réduction de prix du verre saphir représente le facteur primordial pour expliquer la transparence retrouvée de l'horlogerie moderne. Désormais, des formes inhabituelles sont devenues plus aisément réalisables - ainsi que le démontrent les verres de montre présentés l'an dernier qui imitent enfin à s'y méprendre le plexiglas tant apprécié il y a quelques décennies. Les marques horlogères en ont aussitôt tiré avantage. Un remarquable exemple à cet égard est la De Ville Hour Vision d'Omega, dont le boîtier comprend des ouvertures en verre saphir sur la carrure afin d'offrir pleinement au regard le calibre Omega 8500 et son échappement coaxial. A l'évidence, cette idée n'est pas demeurée l'exclusivité d'Omega et d'autres marques horlogères ont également disposé des fenêtres sur les flancs de leurs boîtiers pour faciliter la contemplation du mouvement, à l'exemple du Tourbillon Orbital de Jean Dunand et de la MT3 Majesty de BLU.
La beauté de l'absence se révèle probablement dans toute sa splendeur dans la dernière version présentée en édition limitée de la Horological Machine n° 2 de Maximilian Büsser & Friends : la HM2-SV (« Sapphire Vision »). « Notre premier modèle avait été réalisé en collaboration avec l'artiste californien Sage Vaughn, avec lequel nous avons travaillé pour la pièce unique destinée à la vente Only Watch de 2009 », ainsi que le relate Maximilian Büsser, fondateur et propriétaire de MB&F. « Si la partie supérieure du boîtier était en saphir, les flancs conservaient leur facture traditionnelle en or, ce qui rendait le boîtier beaucoup plus simple à fabriquer que celui de la HM2-SV ». Maximilian Büsser insiste sur le fait que le saphir ne peut être découpé que par le diamant, si bien que les outils utilisés pour le travailler doivent être revêtus de diamant et que la vitesse de coupe est très lente en raison de la dureté du matériau. De surcroît, le saphir est fragile et peut se briser pendant le processus d'usinage en cas de tension ou de rapidité excessive. Enfin, une fois découpé, le saphir prend une teinte laiteuse qui nécessite un méticuleux polissage au diamant pour retrouver sa transparence initiale. Ajoutons encore à tous ces éléments la forme extrêmement compliquée du bloc de saphir qui compose toute la partie supérieure du boîtier de la HM2-SV. Maximilian Büsser souligne que la découpe et le polissage de chaque bloc requièrent non moins de 55 heures de travail et que trois prototypes sur quatre se rompaient pendant la phase de développement du boîtier.
« Nous pouvons légitimement prétendre qu'il s'agit de la pièce en saphir la plus complexe et la plus onéreuse produite dans l'industrie horlogère", relève-t-il. « Le mouvement de la HM2 aspirait à être contemplé et nous regrettions de ne pas être en mesure de répondre à ce désir. Cependant, il nous a fallu deux années de recherche avant de trouver un fabricant suffisamment courageux et compétent pour parvenir à réaliser cet extraordinaire bloc de saphir. »
Un jeu de cache-cache
Bien plus tôt, à la foire de Bâle de 1997, Corum a présenté un tourbillon révolutionnaire : la Mystérieuse. Ce garde-temps possédait une platine et des ponts sculptés dans un verre saphir de 0,5 mm d'épaisseur. Ce matériau ainsi que la dissimulation des éléments du mécanisme de remontage ont permis au tourbillon d'achever un degré de transparence incomparablement plus élevé que celui affiché par les pièces squelettées. La plupart des éléments fonctionnels du tourbillon et tous les composants en verre saphir étaient confectionnés exclusivement pour cette montre. A peine quelques années plus tard, les designers de Corum ont une fois encore célébré leur transparence légendaire avec le Tourbillon Saphir, dont les platines et les ponts présentaient une épaisseur qui ne dépassait pas 0,3 mm. Ces modèles ont été suivis par une nouvelle version baptisée Golden Tourbillon Panoramique.
A l'évidence, l'utilisation de platines et de ponts en verre saphir ouvre la voie à une transparence absolue. Le Royal Blue Tourbillon d'Ulysse Nardin, le Crystal Tourbillon de Jacob & Co et le tout nouveau Carrousel Saphir L-évolution de Blancpain ont tous recouru à cette technologie qui repousse les limites de la transparence : il n'est rien de plus fascinant que de susciter l'illusion de vis bleuies qui paraissent flotter en apesanteur à l'intérieur du mouvement, prises entre deux plaques de verre saphir. II en naît une impression de magie et il est probable que son propriétaire croie fermement que son garde-temps échappe aux lois habituelles de la physique pour se conformer à d'autres principes.
II en va de même pour la diaphane Classique Grande Complication Tourbillon Messidor de Breguet, présentée en 2007, dont le nom rend hommage au mois où Abraham-Louis Breguet déposa une demande de brevet pour l'une de ses plus remarquables inventions, le 7 messidor de l'an 9, selon le calendrier républicain alors en vigueur. Situé à 6 heures, le tourbillon est maintenu entre deux lamelles de verre saphir qui interviennent comme des ponts de stabilisation. Cette interprétation moderne d'un tourbillon squelette classique à la superbe finition est parfaitement visible à travers les grandes ouvertures en verre saphir sur la face et le fond, dont les dimensions sont encore accrues par l'absence de lunette. Véritable hymne à la transparence, ce design place le tourbillon et son mouvement ajouré à remontage manuel sous les feux des projecteurs.
Une force invisible
Cependant, la plus haute prouesse de magie horlogère est incarnée par le mouvement dit mystérieux. De manière caractéristique, une pendule ou une montre mystérieuse possède des aiguilles qui semblent flotter dans l'air en l'absence de tout dispositif susceptible d'expliquer leur progression, même si les férus d'horlogerie savent qu'elles sont en réalité disposées sur des disques transparents fréquemment confectionnés en verre saphir ou en cristal de roche. Le mouvement est « caché » au point qu'un nombre infime de pièces apparaît aux yeux de l'observateur, quand elles ne sont pas complètement dissimulées. En règle générale, la technique qui confère l'illusion d'une absence totale de mouvement ou de connexion à un quelconque mécanisme est adroitement logée sous les aiguilles ou dans les flancs du boîtier. La pendule mystérieuse connaissait un vif engouement au cours du XIXe siècle et au début du XXe siècle - Cartier était l'un des plus célèbres producteurs de pendules mystérieuses - et Paul Gerber, un horloger établi à Zurich, les réalise de nos jours encore sur commande.
Le nouveau Tourbillon Double Axe Automatique Mystérieux de l'horloger indépendant Thomas Prescher est un tour de force horloger d'une dextérité comparable.
« Une vision, explique Thomas Prescher, se trouve souvent à l’origine de mes sculptures temporelles ». Son plus récent opus ne parvient pas uniquement à restituer l'idée née dans l'imaginaire du créateur, mais à la faire pleinement partager à l'amateur par l'usage du verre saphir associé à la technologie « mystérieuse » que peu d'horlogers maîtrisent. « Seuls l'heure, le tourbillon, le calendrier et la masse oscillante sont apparents, ajoute-t-il. Le mouvement demeure complètement caché ». La transparence de ce garde-temps naît de la dissimulation du mouvement sous la lunette, sur les côtés gauche et droit du boîtier. Comme l'espace ainsi disponible est très restreint, les composants sont logés de part et d'autre. De grandes plaques de verre saphir couvrent presque toute l'étendu du boîtier aux dimensions de 40 x 35,1 millimètres. Et une masse oscillante horizontale, de forme rectangulaire - à peine reconnaissable en tant que telle - est disposée vers le fond du boîtier afin d'accroître encore la perplexité de l'observateur.
L’armée des ombres
De la même manière que le recours à la transparence a ouvert la voie à un type d'architecture entièrement nouveau - les gratte-ciels nés de l'abondante utilisation de verre plat par exemple - l'apparition récente du verre saphir dans l'horlogerie a marqué le point de départ d'une espèce inédite de montres ajourées produites en série. Roger Dubuis et Cartier figurent aux avant-postes de cette vogue des garde-temps squelettés pour des motifs simples. Ce sont, en effet, les horlogers de Roger Dubuis qui ont inventé une méthode industrielle pour fabriquer des platines pré-squelettées. En d'autres termes, les automates à commande numérique produisent des platines déjà ajourées qui ne requièrent plus qu'une finition manuelle. Un remarquable exemple de cette technique est I'Excalibur Squelette Double Tourbillon de Roger Dubuis avec ses deux tourbillons à remontage manuel suspendus de façon stupéfiante dans un mouvement squelette à la finition noire, dont l'architecture rectiligne aurait certainement séduit Gustave Eiffel lui-même.
Comme les garde-temps de Cartier dotés du Poinçon de Genève sont au moins partiellement fabriqués sous le même toit à Meyrin, il n'est pas surprenant que Cartier recoure également à cette technologie, même si la responsable des mouvements de haute horlogerie de Cartier, Carole Forestier-Kasapi, confirme que « toutes ces montres Cartier ont été conçues, développées, construites et complètement fabriquées dans nos ateliers de La Chaux-de-Fonds ». La Rotonde Squelette Tourbillon Volant de Cartier ainsi que la Santos-Dumont Squelette en or blanc 18 carats en sont deux éloquents exemples : leurs index des heures et des minutes sont, en réalité, des ponts squelettes en maillechort qui adoptent la forme de chiffres romains et rendent la présence d'un cadran superflue. Le calibre à remontage manuel 9455 MC avec tourbillon volant, Poinçon de Genève et 19 rubis possède 165 composants et 50 heures de réserve de marche alors que le calibre 8611 MC de la Santos-Dumont à remontage manuel recèle 138 composants et garantit 72 heures de réserve de marche. Les platines et les ponts de ces garde-temps sont pré-squelettés et pré-anglés au cours du processus d'usinage sur automates à commande numérique et ne demandent plus qu'une retouche manuelle. Le mouvement de ces garde-temps de Cartier est pris en sandwich entre les platines et les ponts, alors que la montre squelette de Roger Dubuis est notablement plus aérienne avec un seul niveau de stabilité pour maintenir le mouvement.
Une transparence technique
La Master Compressor Extreme LAB 2 Tribute to Geophysic de Jaeger-LeCoultre présente une forme de transparence entièrement différente. « Nous avons cherché à créer le chronographe technique ultime », se souvient Jérôme Lambert, Directeur Général de Jaeger-LeCoultre.
Les horlogers de la manufacture ont conçu cette montre de sport robuste comme un chronographe à complication. Le mouvement compte 566 composants, un nombre deux fois plus élevé que celui des chronographes habituels. Comme elle est conçue pour résister à des conditions extrêmes - n'a-t-elle pas accompagné l'expédition Geophysic partie à la conquête d'un sommet invaincu de l'Himalaya (qui porte désormais le nom de mont Antoine LeCoultre) ? - elle doit naturellement être antimagnétique. « Nous souhaitions pouvoir exposer les parties essentielles du chronographe et le balancier », explique Stéphane Belmont, Directeur Marketing. Aussi Jaeger-LeCoultre a développé le mouvement et le boîtier simultanément. Les constructeurs ont déplacé le mécanisme du chronographe sur la partie supérieure du calibre, réalisé un rotor de remontage à la structure aérienne et intégré la masse oscillante de grande dimension directement au mouvement.
« La Master Compressor Extreme LAB 2 est la première montre antimagnétique qui dévoile sa mécanique de part en part », relève fièrement Jérôme Lambert. II s'agit en effet d'un tour de force technique car la plupart des autres montres qui assurent une protection élevée contre le magnétisme parviennent à ce résultat en utilisant un boîtier interne en fer doux, qui entoure le mouvement et le soustrait donc aux regards. Jaeger-LeCoultre a obtenu le même effet par le recours à un échappement en silicium (spiral, roue d'échappement, ancre), à un disque pour la date ainsi qu'à un alliage particulier pour le rouage qui exclut la présence de fer dans le mouvement. La montre peut ainsi résister à des champs magnétiques de 240 gauss, une valeur quatre fois plus importante que la norme internationale ISO 764 en vigueur pour les montres antimagnétiques et plus élevée que tout autre chronographe mécanique. « En fin de compte, cette solution s'est révélée supérieure à la technique traditionnelle du contre-boîtier en fer », se félicite Stéphane Belmont en ajoutant que le calibre 781 a exigé quatre ans de recherche et de développement.
A la question de savoir pourquoi l'Extrême LAB 2 devait présenter une telle transparence, Jérôme Lambert répond : « Nous nous devions de montrer tous les éléments de cette montre ».
Une inspiration prestigieuse
L'entretien de la tour Eiffel exige tous les sept ans de 50 à 60 tonnes de peinture pour la préserver de la rouille. La montre Palace de Jean Dunand, pour sa part, ne requiert qu'un verre saphir pour atteindre le même objectif. Et le verre ne protège pas uniquement la montre, il rend encore plus transparente cette œuvre architecturale qui recèle un tourbillon, un chronographe monopoussoir, une réserve de marche, un second fuseau horaire et un mécanisme de remontage entraîné par une chaîne. Sa conception garantit à l'observateur un splendide aperçu sur la montre, dont le nom évoque le Crystal Palace de Londres, construit au XIXe siècle. Des plaques cannelées confèrent une structure au mouvement et rappellent les rainures de renforcement pratiquées sur les plaques de fonte. Les platines sont séparées et supportées par 10 piliers minuscules, visibles à travers deux guichets en verre bombé dans la carrure. D'autres détails de décoration et de gravure s'inspirent des entretoises présentes sur les ponts construits à cette époque ainsi que de la tour Eiffel. L'édifice le plus emblématique de Paris a aussi servi d'exemple pour le profit de la Palace dont les arches ont exactement la même forme que celles qui composent la base de la tour Eiffel. La Palace de Jean Dunand est si complexe et si riche en détails que chaque montre est livrée avec une loupe pour permettre a son propriétaire d'étudier confortablement l’architecture de son mouvement.
En effet, pourquoi les détails de la construction d’une montre devraient-ils demeurer dissimulés alors que les éléments structurels d'un édifice sont visibles ? Les méthodes de production modernes font de la transparence totale une réalité. La loupe est optionnelle.
Horlogerie et Automobile - Union Sacrée
Nombreuses, très nombreuses sont les montres liées à l’univers automobile. Autant d’intersections entre deux mondes virils et mécaniques qui s’illustrent différemment. Décryptages à la veille du mondial de l’automobile.
Si l'on se penche sur le vaste sujet des montres liées à l'univers automobile, on ne sait pas forcément par quel bout le prendre... En effet, depuis les prémices de l'horlogerie moderne, au début du XXème siècle, époque à laquelle les montres bracelets se généralisent, garde-temps et bolides ont pour habitude de se croiser, de collaborer, de se lier... Des rencontres aussi nombreuses que distinctes qui s'expliquent facilement à travers l'aspect mécanique et viril de ces deux mondes. Les hédonistes sont plus séduits que jamais. Voitures rapides et belles montres, comme l'art de fumer le cigare et les beaux souliers font partie des plaisirs de la vie.
Et c'est la raison pour laquelle n'y a pas seulement des montres qui portent le nom d'un circuit ou celles estampillées de l'illustre logo d'un constructeur, il y a également des modèles reprenant certains détails du design d'une voiture, sans compter ceux dessinés par de vrais pilotes, d'autres édités en séries limitées à l'occasion d'un sponsoring... Dans le cadre d'un panorama « heures moteurs » au-delà des horlogers qui se contentent d'adopter un style inspiré de l'automobile au niveau du cadran, de la boîte ou du bracelet, il existe de réels partenariats signés entre manufactures et constructeurs qui donnent naissance à de vraies montres « auto ».
Au point d'en voir certains qui débouchent sur des montres exclusivement vendues « en lot » avec une voiture. On pense aux montres Ferrari par Cabestan, Morgan par Hublot, Bugatti par Parmigiani Fleurier, Maybach par Wilhem Rieber, ou encore Aston Martin par Jaeger-LeCoultre ou Mercedes et Tesla Motors par TAG Heuer. De quoi créer une vaste vitrine thématique. Mais, comme si cela ne suffisait pas, il ne faut pas oublier les montres qui célèbrent les événements automobiles sponsorisés ou chronométrés par des horlogers et enfin, ce que nous pourrions qualifier d'interventions croisées, lorsque qu'un pilote, très proche d'une marque horlogère, collabore vraiment au développement d'un modèle. Il s'agit d'une nouvelle race d'hommes, les pilotes horlogers. Felipe Massa qui a travaillé avec Richard Mille, Ralf Schumacher ou Kazuki Nakajima avec Oris, Henri Pescarolo avec BRM, ou encore Ange Barde qui a carrément créé sa propre marque... Parmi les principales références « auto » en horlogerie, aux côtés de Breitling qui manufacture les montres Bentley, Chronoswiss qui présente la montre célébrant le centenaire d'Audi, Audemars Piguet, qui avait lancé une ligne Millenary en hommage son partenariat avec Maserati, présente cette année ses Royal Oak Offshore Grand Prix Collection.
Mais ce n'est pas tout, Frédérique Constant collabore avec les Austin Healey Clubs Owners, Chanel édite une J12 Superleggera ou Oris continue ses modèles Williams. Aussi, on ne peut pas passer à côté d'une marque supplémentaire et extrêmement légitime dans l'univers automobile : Porsche Design. Mais il serait impossible de fournir une liste exhaustive sans devoir éditer un véritable « coffee table book ». Rolex compte parmi ses modèles icônes, le chronographe Daytona baptisé du nom du circuit américain sur lequel Paul Newman courrait avec cette fameuse montre au poignet. Hublot a bien entendu éditer une de ses Big Bang en rapport avec la F1. C'est la Ayrton Senna, dont une partie du profit des ventes est reversé à la fondation éponyme. Aux côtés de Bell & Ross qui a dessiné une horloge de bord pour un concept car Peugeot, Bovet a créé un exceptionnel tourbillon, le « Ottanta », en célébration des 80 ans de Pininfarina... Mais si l'on veut rendre hommage à certains acteurs de cette industrie hybride entre montres et voitures, Jaeger-LeCoultre, TAG Heuer et Chopard sont incontournables. Dans les années 20, Jaeger-LeCoultre était déjà fournisseur de compteurs et autres horloges de tableaux de bord pour différents constructeurs automobiles de luxe dont Aston Martin.
C'est donc en toute logique qu'en 2005, la manufacture a renoué des liens avec Aston en créant l'AMVOX 1. Ses références auto ? Un cadran dont l'affichage reprend la disposition à 270° des tableaux de bord de l'entre-deux-guerres, un bracelet en cuir fidèle à la sellerie Aston Martin. En 2006, l'AMVOX 2 DBS est lancée. Un chronographe automatique dont le déclenchement est inédit, vertical, brevète par Jaeger-LeCoultre... En référence au démarrage d'une Aston par simple pression sur un bouton... La famille AMVOX continue de s'agrandir. En 2008, le tourbillon AMVOX 3 et aujourd'hui, l'AMVOX 5, un chronographe automatique à heures universelles et date au bracelet pilote avec un décor ajouré inspiré d'un motif grille qui évoque les calandres Aston avec un détail amusant. Celui de choisir pour le fuseau anglais, non pas Londres, mais Warwickshire où les Aston Martin sont produites. Mais l'aboutissement du rapprochement entre Jaeger-LeCoultre et Aston Martin reste sans conteste possible les AMVOX Transponder. Deux montres « vendues au garage » exclusivement aux heureux propriétaires d'une DBS ou d'une Rapide. En novembre 2008 a été presentée l'AMVOX DBS Transponder, et un an plus tard, l'AMVOX Rapide Transponder. Ce ne sont pas des séries limitées, mais bien entendu, le nombre d'exemplaires à vendre est complètement en fonction du nombre de voitures livrées... logique. Chacun de ces deux modèles permettent, c'est la leur intérêt principal pour les fous d'Aston, de verrouiller ou déverrouiller la serrure de la voiture par simple pression sur le cadran. Simple comme bonjour : « close » entre 3 et 4 heures, « open » entre 8 et 9 heures ! L'aventure automobile de TAG Heuer est sans fin. Des modèles à succès réédités comme la Carrera, la Silverston ou la Monaco que Steve Mc Queen portait dans le film « Le Mans », au chronométrage des courses Indy 500, en passant par des partenariats avec de nombreux pilotes dont Lewis Hamilton, mais aussi David Coulthard, Kimi RaikkOnen, sans oublier ce projet avec Tesla Motors.
En effet, à l'occasion de son 150ème anniversaire, TAG Heuer s'est rapproché de Tesla Motors pour donner naissance à un roadster GT TAG Heuer Tesla equipé d'une édition spéciale du téléphone Meridiist signé TAG Heuer... Un nouvel événement dans la lignée de celui qui avait été signé dans le cadre de la collaboration avec l'écurie West-McLaren Mercedes. TAG présentait son chronographe SLR vendu exclusivement avec la Mercedes-Benz SLR McLaren. Quant à Chopard, première chose, son vice-président, Karl-Friedrich Scheufele est un passionné d'automobile. Une raison suffisante pour expliquer l'orientation de Chopard. Lien de cause à effet, Karl-Friedrich Scheufele et son ami Jacky Ickx participent au rallye historique, la Mille Miglia, Chopard le sponsorise et chaque année, une montre Mille Miglia Chopard est présentée. Pour le Grand Prix de Monaco Historique, Chopard en est le partenaire depuis 2002 et en profite pour dévoiler son chronographe Grand Prix de Monaco Historique. Aussi, dans le cadre des célébrations de son 150' anniversaire, Chopard a presenté différents modèles dont l'Engine One Tourbillon très inspire avec un décor qui rappelle le plan d'un circuit. « Une pièce qui résume ma passion pour l'automobile » déclarait aux journalistes Karl-Friedrich Scheufele lors de son lancement... Enfin, si on revient aux événements moteurs sponsorisés ou chronométrés par des horlogers, pensons à BRM qui a entamé un partenariat avec Peugeot Sport à Sebring aux Etats-Unis avec une course d'endurance, à Audemars Piguet sur le Tour Auto et le Gstaad Classic, à Alpina sur le Trophée Andros, à Richard Mille sur Le Mans Classic, à Rolex sur les 24 heures de Daytona et les 24 heures du Mans...
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